mercredi, 29 juillet 2009
Bikini et burka : même combat ?
Ce n'est pas la loi qui doit dicter ce qui est juste mais ce qui est juste qui doit dicter la loi (J-M. Muller)
Au delà de la pseudo commission à l'assemblée qui ne sert que de caution à la validation de la future loi contre la burka, le débat sur cette question est assez étrange. Il y a des argumentaires pro et anti burka qui s'échangent mais qui ne semblent pas du tout basé sur le même cadre de lecture. Il y a donc des échanges mais on a l'impression que les règles ne sont pas les mêmes des deux côtés. Les anti burka disent que ce vêtement, en plus d'être choquant est une atteinte à la liberté de la femme ; les pro burqua eux avancent qu'il s'agit d'une partie de leur religion et qu'à ce titre elle doit être respectée comme toute autre pratique.
Ceux qui sont contre la burka ne veulent pas associer leur argumentaire à un débat anti islam. Même si cela semble largement hypocrite, ils posent le débat surtout sur le fait que la burka les agresse. Certains musulmans disent qu'il s'agit simplement de leur religion.
De la part des musulmans on a l'impression qu'il n'y a pas eu de réflexion par rapport aux anciens débats sur le voile à l'école. On reste uniquement sur des argumentaires tournant autour du respect de la religion ce qui rend difficile une solidarité plus large.
C'est d'autant plus problématique que les anti-burka sont confortés dans leur position par le fait que certains musulmans réfutent la pratique de la burka comme appartenant à l'islam. On rejoue finalement les même schémas qu'en 2004 ou Sarkozy s'était fait un plaisir de se rendre au Caire pour obtenir l'aval religieux de sa loi contre le voile à l'école.
L'une des caractéristiques des sociétés libérales et globalisées est la cohabitation de plusieurs religions, ethnies, nationalités. Il est donc évident que l'idée de bien et de mal n'est plus partagée de manière uniforme comme ça a pu être le cas il y a 20 ou 30 ans. Mais ce qui doit rester ce sont les principes et en l'occurrence celui de la liberté de porter ce que l'on souhaite dans la mesure ou c'est quelque chose de librement consentie. En tout cas ce sont ces principes qui font la différence entre les pseudo démocraties du monde arabe et l'Europe. Pour combien de temps encore ?
Est ce que pour la majorité des français le bikini des années 60 était aussi choquant que la burka peut l'être de 2009 ? Probablement. Ce n'est pas donc pas une raison pour l'interdire.
A moins que ce soit autre chose…Une réaction de défense peut être. Une crispation.
Pour oublier peut être que la France a changé depuis l'immigration massive du Maghreb.
Que 30 ans plus tard on voit des choses qu'on ne voyait pas avant !
Que l'ouvrier qui ne pratiquait guère a eu des enfants qui eux ont fait leur retour à une nouvelle pratique religieuse.
Que ces tendances vont à contre courant d'une sécularisation qui a marqué l'histoire récente de la France.
Que l'Islam fait désormais partie de la fameuse identité nationale...
Une sorte d'impensé sur le fait que ce qui se passe aujourd'hui n'aurait pas de cause.
Un inconscient collectif qui voudrait que l'intégration devrait être synonyme d'uniformisation des modes de vie.
20:28 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : burka
dimanche, 26 juillet 2009
Communiqué sur le niqâb
COMMUNIQUE SUR LE NIQÂB
Suite à la constitution de la commission parlementaire sur le Niqâb et la Burka, nous, un groupe de 145 Musulmanes et musulmans de la Réunion, ayant toutes et tous étudié la théologie musulmane, tenons à éclaircir quelques points :
Le Niqâb (voile intégral) est bien un élément religieux et cultuel : ce n'est pas seulement un habit traditionnel ou culturel. Nous trouvons, de ce fait, très dommage que certaines personnes en décrètent le contraire au nom de l'islam.
Nous tenons à exprimer notre vive inquiétude par rapport à cette nouvelle stigmatisation d'une composante de la population française sur la base de simples préjugés: une fois encore, des musulmanes se retrouvent jetées en pâture et livrées à la vindicte populaire sous prétexte de leur rendre leur liberté et leur dignité ! Ceci est déplorable et ne peut être que préjudiciable à terme.
Nous avons, à la Réunion, cette expérience du savoir-vivre ensemble, souvent citée en exemple à travers la France métropolitaine. La liberté constitutionnelle de culte et de pratique, fidèle à l’esprit authentiquement pacificateur de la laïcité, nous a ouvert les voies d’une harmonie parfaite entre les différentes communautés religieuses. Lors de son passage à la Réunion en 2005 pour le centenaire de la grande mosquée de St-Denis, Monsieur Nicolas Sarkozy avait remarqué cette merveilleuse ambiance qui règne dans notre île, et avait émis le souhait de pouvoir transposer un tel état d'esprit en Métropole. A travers l’histoire, jamais une frange de la population n'a été inquiétée dans la pratique de sa foi, ni n'a eu à se plaindre des pratiques d'une autre communauté.
La parfaite intégration de la communauté musulmane, depuis plus d’un siècle, et sa stabilité sont aussi le résultat du travail de communication et d’éducation des Imams francophones. Ces mêmes Imâms ne pourraient comprendre, qu’un droit à une pratique religieuse relevant du choix personnel d’une femme lui serait retiré, si à la suite des travaux de cette commission, une loi était votée dans ce sens. En dépouillant une religion d'un droit, on bouleverse l'équilibre de cette communauté qui se sent lésée. En France métropolitaine et à la Réunion, la cohabitation des religions et la tolérance ont toujours été des motifs de fierté : est-il judicieux d'importer un problème dans une telle société ?
Proposer une loi contre le Niqâb dans les lieux publics serait une attaque à une pratique intrinsèque à la religion, et donc une atteinte directe à la liberté de pratiquer.
Nous craignons que la multiplication de ce genre de provocation ternisse la cohabitation pacifique des différentes communautés religieuses vivant en France.
Tout ceci accentue nos difficultés quotidiennes dans notre rôle d'animateur social et de coordonnateur de la communauté musulmane.
Nous demandons aussi aux musulmans et musulmanes de rester sereins et de ne pas succomber aux provocations qui animent cette période d'agitation médiatique, où les actes et propos islamophobes connaissent malheureusement une recrudescence. Nous sommes de nationalité française, et pour la France c'est la laïcité (comprise comme une neutralité de l'Etat vis-à-vis des différentes religions) qui est la solution.
Les principes de la République française autorisent chaque personne à se vêtir (ou à se dévêtir) comme elle l'entend, du moment que sa tenue vestimentaire ne constitue pas une atteinte à la pudeur ou à la sécurité d'autrui. La France n’est –elle pas le pays fondateur des droits de l'Homme ?
Nous trouvons choquant qu'on puisse accuser les musulmans de forcer leur épouse et fille de porter le Niqâb : cette pratique n'a pas lieu d’être. Nous serons les premiers à combattre les exceptions à cette règle, si besoin en est. Si cela existe et que c’est démontré, nous considérons que l’appareil juridique existant est suffisamment doté pour réprimer avec la sévérité qu’ils méritent, ces actes, qui relèvent ni plus ni moins que de la violence conjugale ou familiale.
Nous insistons auprès des personnes qui portent le Niqâb sur la nécessité de l’enlever lorsqu’il y a besoin légitime d’identification (chez le médecin, à la douane, lors d’un contrôle d’identité, etc.) et qu'il faut se soumettre aux règlements intérieurs dans les domaines privés. De ce fait, le Niqâb ne constitue nullement une atteinte à l’ordre public.
Pour finir, nous lançons un appel solennel aux autorités compétentes afin de faire cesser cette campagne de dénigrement visant les musulmans et les musulmanes.
Liste des signataires :
ABASSI Said - ABDOU MKAVAVO Saïd - Abdous'Samad - ADAM Firoz - ADAM Salima - AHMOD-ALI Chafiq - ALI Taïab - AMAGEE PATEL Asma - BADAT Daoud - BALBOLIA Imrane - BANA Ismael - BARABHAÏ Nafissah - BEG Sanaoullah - BEMAT Yacoub - BHAGATTE Mohammad - BHATTAI Yusufali - BUREL Erick - BUZURG Mohammad - BUZURG Rashid - BUZURG Talha - CADER Mouïne - CADJEE Abbas – CADJEE Osman - CHEIK abdul-Khaliq - DAOUDJEE Youssouf - DARGAÏ Mohammad – DARGAÏ O.Koulsoum - DELAIR Ismail - DESAI Ahmad Saeed - DESAI Ridwan - GANGAT Amatoullah - GANGAT Bilal - GANGAT Yassine - GANGATE Issac - HADJI Hassen - HASSANI Nezoim-din - IMÂM M'bchizi - INGAR Asma - INGAR Ataoullah - INGAR Louqman - INGAR Said - KAJI Ousman - KARODIA Hasim - KARODIA Mohammad - KAZI Salim - KAZI Youssouf - KHERODDIN Djoneid - LALA Bilkiss - LALA Haroun - LALA Rehana - LALA Zouber - LIMBADA Mohamed Hanif - LIMBADA Nadjia - LIMBADA Shokatali - M’Zé Youssouf - MALBROUKOU Moussa - MALECK Jounaid - MALECK Salimah - MALL Bilal - MALL Farhanna - MALL Mariame - MALL Rouxana - MAMODE Aziza - MAMODE Badrealam - MAMODE Hassen - MAMODE Houssein - MAMODE Ismael - MAMODE Ridwana – MAMODE Shakir -MAMODE Soreya - MANSOOR Envarhosen- MANSOOR Goulam Mohammad - MANSOOR Hafsa - MANSOOR Mohammad - MANSOOR Mohammad Saîd – M. Ibrahim MOOSA DODAKIA - MOGALIA As-ad - MOHAMED Ulgar - MOLLAN Yacoub - MOOSA DODAKIA Ibrahim - MOREA Salim - MOUSSA Soulaïmana - MULLA Abdoul Rachid - MULLA Chabbir - MULLA Ibrahim – Mzé Ali - NANA Moaaz - NOORGATE Said - OMARJEE Anissa - OMARJEE Chafikah - OMARJEE Chakil - OMARJEE Redwan – PADAVIA Sabiha - PANCHBAYA Mohammad Yassine - PANCHBAYA Sulliman - PANDOR Ismaël - PATEL Abdoullatif - PATEL Ahmadoullah - PATEL Asma - PATEL Chamima - PATEL Fatimah - PATEL Fayzal - PATEL Imdadoullah - PATEL Issak - PATEL Leïla - PATEL Nadia - PATEL Nisar Ahmed - PATEL Safiyyah - PATEL Salima - PATEL Swalehah - QAZI leyhana - QAZI Rehana - QAZI Sarah - RANDERA Firoza - RANDERA Ismael - RAOUF Abdoul Mâlik - RAOUF Alima - RASSOULMIAN Aslam - RAVATE Anass - RAVATE Asma - RAVATE Khalil Ahmad - RAVATE Yahya - SAID Yahaya - SAID Youssouf - SALAMI Nassima - SALAMI Youssoufa - SAUMTALLY Aisha - SAUMTALLY Mujahid - SHAIKH Idriss - SHAIKH Mohammad Ilyas - SHAYKH Nazir - SHAYKH Owais – Shaykh Salima - SIDAT Farida - SIDATE Ismaêl - SIDATE Oubaïdoullah - SIMJEE Nourine - SIMJEE Tahéra - SIMJEE Yassine - SOURTY Yassine - SULEMAN Ismail - SULLIMAN Abbas - SULLIMAN Réhannan - TARKI Hachim - VALI HAFEJI Yakub - VALY DADABHAY Fayzal - VARATCHIA Yvannick
17:23 Publié dans Religion, Société | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : niqâb
mercredi, 17 juin 2009
Après-midi Mohabbat le 5 juillet 2009 à Saint-Denis
L'association des Jeunes Musulmans de la Réunion organise une après-midi Mohabbat le dimanche 5 juillet 2009 à 14h à la Mairie de Saint-Denis.
Nous avons invité quelques jeunes Alims réunionnais avec qui nous pourrons enfin échanger et parler sans aucun tabou...
Ce que nous avons toujours rêvé de poser comme questions sera Incha Allah possible ce jour là (questions en live ou anonymes...)
Nous invitons nos frères et soeurs de toute l'île (entre 15 et 25 ans) à participer et à partager cette invitation.
Une collation sera servie après le débat.
Merci de confirmer votre présence avant le 1er juillet 2009 à l'adresse mail progjeune@live.fr
Renseignements & inscriptions :
Imrane Mogalia : 0692 31 91 69 - Reshad Ingar : 0692 22 45 23 -
Djamil Dindar : 0692 26 95 58
18:58 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
samedi, 06 juin 2009
Obama défend le port du voile en Occident, Sarkozy "totalement d'accord" ?!
On croit rêver !
En France, le port du voile est interdit dans les écoles publiques par la loi du 15 mars 2004 sur la laïcité. Barack Obama a défendu jeudi au Caire le port du voile pour les musulmanes en Occident, prenant le contre-pied de la France.
Sauf que....
On lit dans cet article du Nouvel Obs :
"Se disant "totalement d'accord" avec le président Barack Obama sur la question du voile islamique, Nicolas Sarkozy a affirmé samedi qu'"en France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire" hors des guichets de l'administration et si c'est "son choix", omettant toutefois de citer l'interdiction de tout signe religieux ostensible à l'école publique."
Sarkozy me fait penser à un petit garçon dans une cour d'école, qui pour se faire aimer de l'élève le plus populaire, lui dit toujours "oui, moi aussi, j'aime ça comme toi, je pense comme toi"...
18:47 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : obama, sarkozy, voile
jeudi, 19 février 2009
Témoignage d'une femme battue par son mari et qui appelle à l'aide
Ci-dessous le témoignage que nous a envoyé anonymement une femme battue par son mari et qui recherche une écoute, des conseils et beaucoup de réconfort.
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Mon mari me frappe. Rien que de l’écrire, j’en ai les larmes aux yeux. Voir l’homme qu’on aime lever la main sur soi, je crois qu’il n’y a rien de pire. J’ai décidé de raconter mon histoire ici car je suis dans une situation de grande détresse morale et je ne sais pas comment m’en sortir, je compte sur les conseils de personnes bien intentionnées.
Au début, ça a commencé par la violence verbale, les crises de nerfs, les objets cassés, etc. Puis, j’ai reçu ma première claque après une dispute banale. On était marié depuis à peine plus d’un an. J’étais en état de choc, je ne pleurais même pas, je suis resté figée pendant de longues minutes, je n’arrivais pas à croire ce qui m’arrivait, je me disais : « non pas à moi, ça peut pas m’arriver à moi, je ne suis pas une femme battue » mais malheureusement un cap avait été franchi.
Lui aussi était un peu « choqué », il n’a rien dit pendant un moment, il ne comprenait pas qu’il avait pu faire ça comme si c’était quelque chose de plus fort que lui, il semblait vraiment regretter. Il s’est confondu en excuses, m’a dit qu’il m’aimait, m’a promis qu’il ne recommencerait plus jamais, qu’il changerait. Je l’ai pardonné car je l’aime. Scénario classique.
Pendant quelques mois, j’ai vraiment cru qu’il avait changé. Lui qui auparavant démarrait au quart de tour, qui faisait des crises de nerf pour de simples contrariétés ou de simples disputes comme en ont tous les couples, il s’était bien calmé, il discutait plus calmement et surtout sans violence.
Malheureusement, l’accalmie a été de courte durée. Six mois après le premier incident, j’ai reçu une autre paire de claque et une deuxième dans la foulée. Cette fois-ci, j’ai pleuré toute la nuit, j’avais envie de mourir…
Mais encore une fois, je l’ai pardonné car je l’aime.
Nous sommes mariés depuis bientôt 5 ans et aujourd’hui je ne compte plus les claques que j’ai reçues. A chaque fois, je pardonne, j’essaie d’oublier mais je sais qu’il me frappera toujours. J’ai peur de lui, j’ai peur qu’un jour il me frappe encore plus violemment.
La première réaction de tout le monde serait de me dire de le quitter mais ce n’est pas si facile. Je pourrai le quitter, je suis encore jeune, je n’ai pas d’enfant, je travaille, je suis indépendante. Mais je ne veux pas le quitter car je l’aime encore. La plupart du temps, c’est un bon mari qui m’aime, gentil et attentionné. Le problème c’est que les rares fois où on se dispute comme tous les couples se disputent, il ne se contrôle plus, se met dans des états de colère effrayants, m’insulte et me frappe.
Alors aujourd'hui, je ne dis plus rien, je ne me plains jamais, j’évite au maximum les conflits. Moi qui auparavant avait un caractère affirmé, ne me laissait jamais marcher sur les pieds, je suis devenue une femme soumise.
Je ne comprends pas pourquoi il est comme ça, il a pourtant eu une enfance très heureuse, des parents aimants, je ne vois pas d’où vient son côté noir.
J’aimerais qu’il change, qu’il prenne conscience qu’il a un problème, qu’il accepte de se faire aider par un psychologue afin qu’enfin on ait une vie normale. Il promet toujours d’aller voir un professionnel mais ne le fait jamais, et ça me détruit.
Personne ne sait que je suis malheureuse. Personne ne sait ce que j’endure. Personne ne devinerait que mon mari me frappe.
C’est quelqu’un qui fait les 5 prières quotidiennes à la masjid, qui a un certaine connaissance de la religion et pourtant il me frappe.
Ma famille l’adore, mes amis aussi. Ils me disent souvent que j’ai de la chance d’avoir un mari comme lui. S’ils savaient…. A chaque fois que j’entends ça, je souris poliment mais au fond de moi j’ai envie d’exploser. Je leur en veux, injustement peut-être, de ne pas remarquer que je suis malheureuse, de se tromper à ce point sur lui. Mais comment pourraient-ils le remarquer alors qu’en public mon mari est une personne gentille, généreuse et de très agréable compagnie.
Je ne sais plus quoi faire, vers qui me tourner. J’ai personne pour raconter mes problèmes. Je ne veux pas en parler à mes parents car je ne veux pas leur causer de soucis. Ma famille, mes amis, j’ai peur de leur dire ça car au fond de moi j’ai un peu honte d’être une femme battue, une personne faible. La seule solution serait d’aller voir un psy, mais j’ai encore du mal à franchir le cap.
J’ai eu l’idée de contacter l’auteur de ce blog après avoir lu un témoignage similaire sur un autre blog. J’ai besoin d’écoute, d’attention et de conseils.
Je me dis aussi que si je parle, peut-être que d’autres personnes qui sont dans la même situation que moi pourraient s’exprimer, ensemble on pourrait s’entraider. Enfin je ne sais pas, c’est peut-être une bouteille à la mer mais aujourd’hui je ne vois que ça pour essayer de m’en sortir.
Merci de m’avoir lu.
21:16 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
dimanche, 28 septembre 2008
Pour des raisons de sécurité, enlevez votre voile !
Pour l'instant il n'y a pas de loi interdisant les "signes visibles" dans les banques, mais on ne sait jamais peut être que ça viendra...
Une femme voilée refoulée de la BNP sur islamophobie.net
Je me suis présentée le mardi 23 septembre 2008 à 9h15 à l'agence BNP de fontenay aux roses, pour effectuer des opérations sur les produits que je possède. Je portais un foulard sur ma tête, recouvrant mes cheveux (visage découvert). Je suis entrée dans le sas en appuyant sur le bouton vert. Puis j'ai appuyé sur le bouton de la seconde porte pour pouvoir entrer dans l'agence. Là, une de vos employées m'a dit via haut-parleur « pour des raisons de sécurité, enlevez votre voile pour pouvoir entrer ». Je suis restée abasourdie. Habituellement, j'accède sans problème à votre agence sans le moindre souci, ni la moindre remarque. Je suis donc restée bloquée et choquée dans le sas, un client derrière moi s'impatientait ne comprenant pas pourquoi je ne rentrais pas.
00:29 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : voile, bnp, islamophobie
samedi, 13 septembre 2008
Quand Pierrot Dupuy et Mélanie Roddier découvrent qu'il existe des restaurants halal à la Réunion...
Lu sur Zinfos974 : Entrave à la laïcité : pas qu'à l'école, un article de Mélanie Roddier
"Dernier exemple en date. L'ouverture d'un restaurant à Saint-Denis qui affiche clairement son "concept". A l'intérieur, pas de musique, pas de porc ni d'alcool. Le restaurateur explique que " c'est le concept. Pas d'alcool pour conserver un côté zen et pas de porc pour rester accessible à toute la population réunionnaise". Étrange façon de rester accessible à tous en supprimant des choix de viande. Le bœuf lui est présent "mais cuit séparément". Aucune précision en devanture ou sur l'enseigne. La majorité des clients que nous avons pu rencontrer semble apprécier, peut-être parce qu'elle est musulmane.
Ce qui peut paraître choquant, ce n'est pas qu'un restaurant fasse le choix de ne servir que de la cuisine hindoue ou indienne. Il y a une multitude de restaurants qui jouent la carte de la cuisine exotique, que ce soit hindoue ou italienne. Ce qui est gênant, c'est que les deux restaurants que nous avons cités imposent à leurs clients des restrictions religieuses ou culturelles, mais sans que ledit client n'en soit averti au moment où il pénètre dans la salle..."
Pierrot Dupuy, le directeur de la publication de ce site d'infos, a ensuite posté le commentaire suivant :
"Je trouvais pourtant que Mélanie Roddier avait été claire dans ses explications.
Bien sûr, tu as raison, c'est la loi du marché qui pousse certains restaurateurs à choisir une pizzeria dans un restaurant italien, ou un bon rougail saucisses au Reflet des Iles (tant pis si je fais de la pub à cet excellent restaurant où l'on mange la cuisine créole comme à la maison...).
Parce que, dans ces restaurants, c'est comme le Port Salut, c'est inscrit dessus.
Les deux restaurants dont Mélanie te parle, la différence, c'est qu'il n'y a rien d'inscrit dessus. Ils se présentent comme des restaurants ouverts à tous publics, et ce n'est qu'une fois attablé que tu t'aperçois des restrictions qui te sont opposées pour des raisons religieuses. En plus, ils ne s'en cachent pas...
Alors, effectivement, dans ces conditions, tu as trois solutions: te lever et quitter la salle, mais avoue que ce serait un peu excessif. Ou bien te promettre de ne plus jamais y remettre les pieds, ou te dire que ça n'a pas d'importance.
Chacun est libre de son choix, mais le notre est de montrer qu'il ne faut pas se focaliser sur les foulards, que c'est partout autour de nous, parfois dans des détails, que la laïcité est remise en cause."
Le restaurant en question c'est le BBQ Corner à Saint-Denis, rue Pasteur. Que reproche-t-on au gérant de ce restaurant qui est musulman ? De proposer de la viande halal et de ne pas vendre d'alcool ni de porc, bref d'être un restaurant musulman ! La grande affaire ! Comme si cela était nouveau ! Il existe des restaurants musulmans à la Réunion depuis des décennies. Quelques exemples : le Massalé à Saint-Denis, rue Alexis de Villeneuve, ouvert depuis au moins 20 ans, le Katmandou à Saint-Denis toujours, ouvert dans les années 70 et fermé il y a quelques années, et plein d'autres restaurants dans toute l'île. Voir d'ailleurs une liste ici
Dans la plupart de ces restaurants, il n'est pas précisé que la viande est halal et pourtant ils sont fréquentés par des zarabs mais aussi des chinois, créoles, zorey, malbars, cafres, yabs, etc. Personne n'y a jamais trouvé rien à redire mis à part Pierrot Dupuy.
Cela me fait rire quand je lis que le gérant de ce restaurant impose des restrictions religieuses à ses clients. D'une, ce sont des clients justement et personne ne les oblige à aller manger dans ce restaurant. De deux, croyez-vous que les gens sont bêtes ? Quand un client arrive dans un restaurant et qu'il voit qu'il est tenu par un musulman (qui plus est habillé en tenue traditionnelle, dans le cas du BBQ Corner), ça fait pas tilt dans sa tête ?
J'aime beaucoup aussi quand Pierrot Dupuy écrit : "En plus, ils ne s'en cachent pas..."
Faudrait qu'ils se cachent en plus ?!!! Si un musulman ne peut plus ouvrir un restaurant (ou un juif ou un malbar d'ailleurs) conforme à ses préceptes religieux, où va-t-on ? C'est ça la laïcité ?
Affligeant Pierrot Dupuy, tout simplement affligeant.
P.S. : Il est coutume depuis toujours pour les musulmans de la Réunion pendant le mois de Ramadan d'offrir à leurs voisins et amis (musulmans ou non) des p'tits plats de samoussas et autres. Est-ce que à partir de maintenant il faudra qu'on précise que ces plats sont faits avec de la viande halal ? Vous savez, Pierrot Dupuy et Mélanie Roddier, on ne voudrait pas vous imposer nos restrictions religieuses....
P.S. 2 : depuis le début du Ramadan, à Saint-Denis, dans la rue Maréchal Leclerc, à l'angle avec les rues Juliette Dodu et Jules Auber, il y a deux grands panneaux avec l'inscription "Ramadan Moubarak". Pierrot Dupuy, j'attends votre article là dessus. Je vois déjà le titre : "Quand la religion s'installe dangereusement sur le domaine public : une énième entrave à la laïcité". Si en plus vous arrivez à lier cette "affaire" à Nassimah Dindar (vos deux sujets de prédilection), vous allez prendre votre pied comme jamais !
11:50 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
vendredi, 05 septembre 2008
Six jeunes filles exclues du lycée Lislet Geoffroy de St Denis car elles refusent d'enlever leur voile
"A la Une du Quotidien : 6 jeunes filles exclues du lycée Lislet Geoffroy de St Denis. Ces lycéennes sont musulmanes et elles refusent d'enlever leur voile. En cette période de Ramadan, la décision n'est pas bien vue par la communauté musulmane. Le rectorat lui justifie sa décision au nom du respect de la loi sur la laïcité. A noter qu'il y a eu un précédent le mois dernier au lycée Amiral Bouvet de St Benoit."
Zinfos974 : la revue de presse du jour
Au risque de "choquer", je dois dire que je ne comprends pas l'attitude de ces jeunes filles. Je respecte leur choix de porter le voile mais il ne faut pas être surpris des conséquences.
Cette loi sur la laïcité est stupide certes mais elle a malheureusement été votée depuis plusieurs années. Comme disait Abdoullah Mollan, président du CRCM de la Réunion, lors de la précédente affaire à Saint-Benoit, il ne sert plus à rien de la commenter.
On peut effectivement regretter que cette loi inspirée par une situation propre à la Métropole ne soit pas appliquée avec plus de souplesse à la Réunion, où le port du voile et des autres signes religieux n'a jamais posé aucun problème pendant des décennies. Mais in fine, la position du Rectorat se tient.
Quelques extraits de l'article du Quotidien :
"Hier matin , six lycéennes de Lislet-Geoffroy, se sont vus refuser l'accès à l'enceinte de leur établissement pour avoir refusé d'ôter leur foulard islamique. La consigne a été donnée au chef d'établissement par le Rectorat, sous la pression de certains enseignants, qui exigeaient l'application de la loi sur la la laïcité."
On parie combien que ces profs sont des métros qui veulent imposer ici un débat métropolitain justement alors que le contexte et l'Histoire sont différents ?
Témoignage de deux des jeunes filles : "Nous portons le voile depuis que nous sommes enfants. C'est une coutume, nous y sommes attachées. Jusqu'à l'an dernier, au collège, on était autorisé à conserver le voile en forme de bandana. Psychologiquement, on serait déstabilisé sans notre voile. Et pas en mesure de réussir nos études."
Coutume ?!!
"Elles disent comprendre la position du lycée, compte-tenu de la loi. N'en veulent pas aux professeurs qui les refusent en cours. Mais sont bien décidées à camper sur leur position. Du côté du Rectorat, on s'en tient au respect de la loi sur la laïcité pour justifier cette exclusion : "L'administration scolaire ne peut pas faire autrement que d'appliquer la législation, explique Eric Rottier, proviseur de vie scolaire. Une loi existe, il faut s'y conformer." "
05:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
samedi, 09 août 2008
Nouredine Rachedi : 21 jours d’interruption totale de travail après une agression à caractère islamophobe
Les médias qui en parlent
France : agression d’un musulman dans les Yvelines - Afrik.com
| Le récit de Nouredine, passé à tabac à Guyancourt - Libération |
| Un musulman affirme avoir été agressé par deux "nazis" - nouvelobs.com |
19:39 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : racisme, agression, islamophobie, nouredine rachedi
lundi, 07 juillet 2008
Abdoul Kassou : "Il faut redonner du sens à notre croyance"
Abdoul Kassou a cédé sa place il y a un mois à Abdoullah Mollan à la tête du CRCM de la Réunion. A l'heure du bilan, il dresse un constat grave à propos de deux sujets qui lui sont chers, la tolérance envers les autres communautés et l'orientation religieuse plutôt rigide que semble prendre une partie de notre communauté. C'est également un message d'espoir qu'il adresse puisqu'il lance un appel vers les jeunes et propose des pistes de réflexion nourries par une longue carrière associative et professionnelle.
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Discours prononcé par Abdoul Kassou au Sénat le 28 septembre 2006 lors d'un colloque organisé par le Groupe du Dialogue Inter-Religieux de la Réunion "La laïcité réunionnaise, un visage de la laïcité française"
Téléchargez le discours (Document Word - 32 Ko)
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Discours prononcé par Abdoul Kassou le 1er juin 2008 lors de la dernière assemblée générale de la seconde mandature du CRCM.
Téléchargez le discours ((Document Word - 44 Ko)
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Interview Blog Zarabes
Avant votre mandat de président du C.R.C.M. de la Réunion, peu de monde dans notre communauté vous connaissait. Alors qui êtes-vous Abdoul KASSOU ? Quel est votre parcours professionnel et associatif ?
C’est vrai que la jeune génération comme la vôtre me connaît peut-être un peu moins que les plus anciens. Mon père, Mamode KASSOU, était commerçant à Saint-Leu avant de venir s’installer à la rue Jules Auber à Saint-Denis où j’ai fréquenté le collège catholique Saint-Michel dont je garde de très bons souvenirs. Ma maman, Amina AREF, avait à Saint-Leu de très bonnes amies non musulmanes. Je la revois très belle, avec ses châles de couleurs, conversant aimablement avec la clientèle.
Mes frères sont connus dans le secteur commercial : représentation, vente des pièces auto et transit. Quant à moi, avec les encouragements de mes parents, j’ai pris une autre orientation professionnelle. En 1962, au retour de mon service militaire que j’ai effectué à Metz, avec un brevet élémentaire en poche, j’ai été recruté à la Préfecture comme agent administratif. Puis j’ai obtenu mon détachement à la Direction de l’Agriculture et de la Forêt où j’ai exercé de 1965 à 2005. J’ai terminé ma carrière administrative en qualité de Secrétaire Général, responsable des affaires administratives et financières.
Comme syndicaliste j’ai siégé à la Commission Paritaire Nationale. Avec d’autres collègues, j’ai participé à l’intégration de plusieurs dizaines d’agents précaires en qualité de fonctionnaire. J’ai aussi assuré la présidence de la Mutuelle des Agents du Ministère de l’Agriculture (SMAR) et organisé le Congrès National de notre Mutuelle à la Réunion en 2002.
A la DAF, j’ai pu voir se dérouler toute l’évolution de notre département en matière d’infrastructures rurales, depuis l’arrivée de l’électricité et de l’eau courante dans les cases, en passant par l’irrigation et les chemins ruraux. J’ai toujours éprouvé une certaine fierté d’avoir pu, à mon humble niveau, accompagner ces évolutions si importantes pour la vie de nos populations les plus modestes. Je pense plus particulièrement aux petits planteurs des hauts du sud. Et une autre de mes grandes satisfactions est d’avoir contribué à l’intégration en qualité de fonctionnaires de la DAF de plusieurs dizaines d’agents précaires, en majorité de jeunes réunionnais.
Par ailleurs, je pense que mes nombreux engagements sont connus dans notre communauté notamment dans les couches de nos populations les plus fragiles. Avec des personnes dévouées comme Ajam AKHOUN, Ismaël NOORGATE et Younous MOGALIA, j’ai eu la chance d’accompagner les activités de Cala PATEL au sein de l’association que j’ai présidée depuis 1998, la Fraternité Islamique de Saint-Denis.
Cala PATEL était une femme remarquable, pleine d’amour et de générosité pour ses semblables. Elle menait des actions discrètes en direction des familles les plus modestes, qu’elles soient d’ailleurs musulmanes ou non. C’était une Cala au grand cœur et profondément croyante que l’on a d’ailleurs comparée volontiers à Mère Thérèsa. C’est avec elle que notre association a ouvert des salles de prière et des madrassa, à destination des familles comoriennes nouvellement arrivées, au Chaudron, au Bas de la Rivière et aux Camélias.
Et puis il y a les dizaines d’années passées à la présidence de Bourbon Kholvad Anjuman Islam. Cette association a été fondée par nos aînés originaires de Kholvad, village du Gujerat, dans un but philanthropique, social et humanitaire. A l’occasion du 60ème anniversaire en 2005, une très belle plaquette a d’ailleurs été publiée et qui montre l’empreinte des kholvadiens dans notre société réunionnaise. Cette belle association a été dirigée par mon vieil et fidèle ami Idriss BANIAN et ensuite par un jeune frère de qualité, Anwar PATEL, bien épaulé par son très efficace cousin Nazir du Tampon. Aujourd’hui BKAI est présidé par notre dynamique frère Abdoul Rahman PATEL et, Inch’Allah, la chaîne se poursuivra. Je voudrais aussi nommer Abdoul Hay PATEL de Saint-Louis, plus connu sous l’affectif Doudoul, mon complice de tant d’années. Avec tous ces amis, nous avons été les premiers à initier les journées familiales qui ont permis des rencontres intergénérationnelles à travers lesquelles se sont tissés entre nos familles des liens de mohabbat et de grande fraternité.
Vous avez reçu tout récemment les insignes de chevalier de l’Ordre National du Mérite. Pour vous remettre cette décoration, vous n’avez pas choisi un ministre ou le préfet par exemple mais Houssen AMODE, le président de l’AMR. Pourquoi ce choix ?
J’ai tenu à ce que cette reconnaissance de l’Etat me soit remise par mon ami Houssen AMODE, Chevalier de la Légion d’Honneur et Directeur Général des Services à la Région Réunion. Ce choix représentait pour moi une charge symbolique forte. Nous sommes tous les deux des fils d’immigrés, nos pères respectifs venant l’un de Surat et l’autre de Baruch, régions du Gujerat. Ces deux valeureux pionniers auraient-ils pu imaginer qu’un jour, sur cette terre de l’espérance, leurs enfants auraient été l’objet d’une reconnaissance nationale ?
Le choix de Houssen est aussi un signe d’amitié et de reconnaissance. A sa place, avec la discrétion qu’on lui connaît, il travaille beaucoup d’une part, dans la solidarité envers nos familles en qualité de Président de l’Association Musulmane de la Réunion et d’autre part, pour l’image de notre communauté.
Je dois dire aussi que cette remise de médaille s’est faite avec la présence de nombreux proches et amis ainsi que des personnalités telles que le préfet Pierre-Henri MACCIONI et le président de Région, Paul VERGES.
Vous êtes le président sortant du CRCM. Quel bilan tirez-vous de votre mandat ? Qu’est-ce qui a marché ? Qu’est-ce qui a moins marché ?
On a souvent reproché au CRCM un manque de communication. Beaucoup de membres de notre communauté ne savent pas ce que vous faites réellement. Certains même s’interrogent un peu trivialement « Mais à quoi sert le CRCM ? ». Comment expliquez-vous ce déficit de notoriété ?
Le CRCM est une jeune Institution qui doit asseoir sa visibilité et sa crédibilité d’abord au sein même de notre communauté. Pour que les choses avancent, pour que les dossiers progressent, il faut que les musulmans, nos frères et sœurs s’y reconnaissent. Cela ne me semble pas encore tout à fait le cas. Dans certains domaines, qui ont trait à la vie quotidienne des gens, nous avons réussi à faire émerger des solutions. Je veux parler du Halal, du Kourbâni, de l’épargne islamique et dans une moindre mesure, celui du pèlerinage. Dans d’autres domaines comme la bioéthique, par exemple, face à la problématique du don d’organes, il nous faut avoir une réponse en adéquation avec les progrès de la science et avec l’éthique musulmane mondiale.
C’est au niveau de l’enseignement dispensé dans nos médersas et de la formation de nos imams-enseignants que, je le dis en toute franchise, les difficultés sont à venir si on n’y prend pas garde. Sur le moment, on pourrait parler d’échec, mais je crois qu’il faut, d’une part, un temps de maturation auquel la communauté n’est pas encore parvenue et d’autre part, il faut également surmonter les conservatismes qui ont parfois tendance à s’approprier l’Islam dans une logique cléricale.
J’appelle solennellement à l’éveil des consciences devant notre réalité réunionnaise. Nous sommes des musulmans qui vivons sur le territoire de la République et nous avons la chance exceptionnelle d’évoluer dans un espace consensuel. Nos aïeux l’ont bien compris à leur époque, et la manière avec laquelle ils se sont intégrés et leur façon de se comporter en étaient le meilleur exemple. L’Islam a trouvé ici tout pour s’implanter et s’épanouir. Ne brisons pas cela et ne faisons pas de nos enfants, et notamment de nos filles, des étrangers sur notre sol, à travers des comportements non seulement inadaptés et parfois même indélicats à l’égard des autres habitants de cette Ile. De plus certains de ces comportements ne correspondent pas, me semble-t-il, au fondement de notre foi. Ce n’est pas l’habit qui fait la piété. Soyons attentifs à ce que notre manière d’être ne nous éloigne pas des autres ou ne nous plonge pas dans une marginalité discriminatoire.
Enfin, pour terminer sur le bilan, des progrès sont à réaliser en matière d’aumônerie dans les hôpitaux et les prisons. De façon générale, la responsabilité, qui pèse sur les épaules de nos âlims, est cruciale.
Le nouveau président du CRCM est Abdoullah Mollan. Quels sont d’après vous les chantiers prioritaires dont M. Mollan et toute son équipe devraient s’occuper ?
Il m’est difficile de répondre à la place de M. Abdoullah MOLLAN. Il a suffisamment d’expérience tant à la mosquée de Saint-Denis qu’au CRCM pour définir les chantiers qui lui paraissent prioritaires. Chacun a ses sensibilités. Je viens de vous rappeler les miennes. Je souhaite que M. MOLLAN et son équipe réussissent dans l’œuvre qu’ils entreprennent. A eux de tracer les lignes pour les trois années qui commencent pour le bien de l’ensemble de notre communauté. Il est vrai qu’il faudra davantage qu’une unité de façade pour aborder et faire évoluer les sujets aussi essentiels que ceux qui ont trait à l’enseignement et l’éducation qui devraient tenir compte de la société laïque et ouverte dans laquelle s’inscrit l’avenir de nos enfants.
Du discours que vous avez tenu lors de l’assemblée générale du CRCM le 1er juin et de notre première rencontre, on retient notamment deux sujets qui vous sont chers. La première étant l’importance du dialogue inter-religieux, et au-delà de cela, du respect et de la tolérance envers les autres communautés, même les non-croyants ; cette culture du « vivre ensemble » que nos aînés ont contribué à façonner et qui, selon vous, s’effrite aujourd’hui. Dans le discours précédemment cité, vous dites que « notre communauté donne des signes d’enfermement et de repli ». Pouvez-vous développer cette idée ? Quels éléments vous amènent à penser cela . Quelles sont les conséquences de ce que vous décrivez . Quelles sont les orientations que nous devrions suivre ?
Deuxième sujet qui vous tient à cœur, et cela rejoint le sujet précédent, le refus d’une orientation rigide que prend, selon vous, une partie de nos responsables religieux et qui vous semble dangereuse ? Pouvez-vous développer cette idée ?
Comme je l’ai dit et tout le monde le sait, nos pionniers, nos grands-parents puis nos parents ont fait montre beaucoup de prudence, de bon sens et d’intelligence. En abordant cette terre pour y trouver une vie meilleure, ils ont compris qu’ils avaient un double défi à relever : réussir leur nouvelle vie et préserver leur foi tout en s’intégrant dans un environnement non islamique.
Et, grâce à Allah, ils ont réussi. Il n’y a qu’à voir leur prospérité commerciale au siècle précédent, la qualité de leurs relations avec toute la population réunionnaise et le nombre impressionnant de nos mosquées, médersas et cimetières confessionnels.
Que voit-on depuis une décennie environ ? Sous prétexte de retour aux sources, nous sommes en train d’élever délibérément des barrières avec les autres. Dire bonjour, avoir des relations amicales avec les autres, musulmans ou non, ou avoir de bonnes relations de voisinage sont, à mon avis, l’enseignement de base de l’Islam. Pourquoi alors vouloir se marginaliser . Et la population s’interroge et nous interpelle. Je dis attention ! Cette stratégie de distanciation et d’enfermement ne peut rester sans conséquences graves pour nous-mêmes et pour les générations à venir.
Je crois très sincèrement qu’il faut redonner du sens à notre croyance. Au-delà de l’expression permanente du paraître, il faut que celles et ceux qui se sont engagés sur le chemin magnifique du Savoir et qui ont la responsabilité de le propager et de l’enseigner s’efforcent de donner du sens. Peut-on sérieusement continuer dans le contexte difficile qui va aller s’amplifiant, à parler de l’Islam presqu’exclusivement en terme d’illicites et de licites et à vouloir limiter les contacts avec notre environnement humain. Peut-on sérieusement réduire la qualité de bon musulman ou de bonne musulmane au port de vêtements caractéristiques des populations de la péninsule arabique ? Jamais nos mamans et nos grands-mères, nanies ou dadies, n’ont manqué de respectabilité et de pudeur. Et pourtant elles ont toujours fait preuve d’un sens aigu de politesse dans le dialogue avec les habitants de cette Ile. Elles ont toujours fait honneur à l’Islam sans déroger aux règles élémentaires du savoir-vivre, et elles ont vécu avec les autres sans renier leurs convictions ni tomber dans la dépravation, tout en observant les prescriptions fondamentales contenues dans le Coran et la Sunna. Que savons-nous réellement de l’Islam ? Comment pouvons-nous contextualiser les recommandations du Prophète (Saw) ici même à la Réunion afin de vivre un Islam paisible et respectueux ? Comment propager la Connaissance éclairée à travers la nécessaire maîtrise du rite bien évidemment, mais aussi par un approfondissement des différents aspects de l’Islam, par l’enseignement de l’histoire de la civilisation islamique et de ses apports à notre humanité ? Comment faire comprendre que le Musulman est celui qui vit constamment dans une double dimension qui ne s’oppose pas mais se complète : celle verticale avec le Créateur et celle horizontale avec ses semblables, tous créatures de Dieu même s’ils ne croient pas comme nous ?
Gardons-nous d’importer et d’imposer ici un mode de vie basé sur un juridisme rigide et sans âme. Restons nous-mêmes. Nous pouvons vivre notre Islam, tout en préservant nos cultures d’origine, indienne, comorienne ou autre, et en restant ouverts sur notre société plurielle et naturellement tolérante. Nos aînés nous ont montré cette voie. Avec beaucoup de sagesse. Sachons en être dignes.
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