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samedi, 29 août 2009

Les « nouveaux notables » de la République : entre mutation et compromission ?

NDLR : Article publié pour la première fois en 2005

En France, à coté des organisations et personnalités anciennement « notabilisées », historiquement reconnues comme étant les relais dociles des pouvoirs institutionnels français et étrangers (Dalil Boubakeur symbolisera pour longtemps ce type de personnage), émergent les « nouveaux notables musulmans » de la République. Il est difficile de les définir ; ils sont représentés par les quelques dirigeants de l'UOIF. Cette alliance, entre dirigeants de l’UOIF et Recteur de la Mosquée de Paris, sous l’œil approbateur et actif des services du Ministère de l’Intérieur, pourrait n’être que conjoncturelle. En effet, les prochaines élections du CFCM arrivent et il fallait afficher un accord consensuel sur le fameux projet de Fondation concocté dans les Bureaux de M. de Villepin Mais au-delà des manipulations politiciennes et des ambitions des uns et des autres, ce serait une erreur de voir, dans cette collaboration entre anciens et nouveaux notables une affaire de conjoncture. La raison est beaucoup plus profonde et dépasserait de loin notre simple cadre national.

 

Quant à la communauté musulmane, elle observe et constate. La surprise et l’incompréhension font place à la gêne : autant il était facile de dénoncer les agissements et déclarations intempestives de M. Dalil Boubakeur, fidèle relais au service des « dominants », autant il semble difficile de dénoncer les positions de ces « nouveaux notables » qui, à travers les multiples péripéties du CFCM, multiplient les « arrangements », « accords » et « compromis(sions ?) » dont on a du mal à mesurer les enjeux et conséquences.

 

Quand «  nos frères » se notabilisent…

 

Tous ceux qui ont assisté à la conférence de Presse du Bourget 2005 (diffusée sur Oumma TV) ne pouvaient que se sentir mal à l’aise. Les louanges de M. Dalil Boubakeur adressées aux dirigeants de l’UOIF ressemblaient fort à l’intronisation de ces « nouveaux notables ».

 

Mais ces « nouveaux notables » ont la particularité d’être issus de la mouvance réformiste musulmane, mouvance dont est issue la majorité des acteurs associatifs musulmans. C’est une particularité qui rend leurs compromis(sions) lourds de conséquences pour le mouvement associatif musulman mais aussi et surtout rend difficile un débat intra communautaire serein, constructif et franc.

 

Un détour historique : la légitimité du mouvement réformiste musulman

 

On ne peut comprendre les nouvelles réalités et orientations de l’Islam de France sans un bref rappel historique du mouvement réformiste musulman. Ce mouvement, à travers ses fondateurs et organisations, jouit d’une légitimité et d’une respectabilité au sein des masses musulmanes. Personne n’oserait remettre en cause les apports incontestables de personnalités telles que Ibn Badis en Algérie, Hassan al-Banna en Égypte, Muhammad Iqbal au Pakistan ou Saïd an-Nursî en Turquie.

 

Durant la période coloniale, les mouvements réformistes ont activement participé  à la décolonisation. Par la suite, ils furent généralement écartés de la direction des nouveaux États indépendants au profit des mouvements nationalistes, idéologiquement plus proches des anciennes puissances colonisatrices. Les nouveaux pouvoirs politiques de ces États indépendants, en rupture avec leur propre société, réussissent à conserver une mainmise sur leur pays en se plaçant sous la protection bienveillante et intéressée des puissances occidentales. Les mouvements islamiques réformistes entrent en résistance (parfois violente) contre ces régimes dictatoriaux et leurs alliés occidentaux.

 

La chute du mur de Berlin parachève la domination américaine qui, après l’expérience douloureuse de la Révolution iranienne, fait le choix de maintenir son soutien aux régimes dictatoriaux musulmans.

 

Un siècle de luttes et de résistances ont conféré à ce mouvement réformiste, à leurs organisations et à leurs dirigeants une légitimité historique et ce, pour plusieurs raisons :

 

1/ D’abord, ces mouvements réformistes musulmans (avec les mouvements nationalistes) ont fermement combattu le colonialisme.

 

2/ Ensuite, ces mouvements ont participé à la "réislamisation" des peuples musulmans tout en dénonçant la mondialisation et l'américanisation des modes de vie. Même s'ils ne se sont attachés qu'au volet culturel et religieux.

 

3/ Enfin, ces mouvements durant la période post-coloniale ont été les rares voix à dénoncer les dictatures arabes à la solde de l'Occident post-colonial.

 

Le mouvement réformiste en crise dans le monde musulman…

 

Aujourd’hui, le mouvement réformiste musulman vit une crise sans précédent. Quelques décennies après les indépendances, les mouvements réformistes désespèrent d’une alternative politique aux régimes en place. Certains militants d’ailleurs se désolidariseront de ces mouvements qu’ils jugent inefficaces et prôneront l’action armée. Ils seront instrumentalisés par les pouvoirs en place. D’autres proposeront de jouer « le jeu démocratique » dans des États de non droit et cela s’apparentera réellement à un jeu.

 

Les événements du 11 septembre 2001 serviront de prétexte pour que l’impérialisme américain puisse s’exprimer sans aucun complexe. Devant ce rapport de force plus que défavorable, les mouvements réformistes dans les pays musulmans appellent, quand cela est possible, à une coopération avec les pouvoirs politiques en place, bien qu’ils jugeaient ces derniers illégitimes, quelques dizaines d’années auparavant.

 

Pour certains, ces mouvements et organisations réformistes ont opéré des tournants et des revirements qui peuvent s’expliquer mais qui s'apparentent à une trahison de ses principes fondateurs, cela a induit :

 

d'une part l’apparition de mouvements armés dits « islamiques » qui ne se reconnaissent plus dans les idéaux réformistes et prône la violence mais sans aucun véritable projet politique. Ce sont des mouvements qui sont aujourd'hui directement ou indirectement contrôlés par les Services de sécurité d’États arabes (mais aussi occidentaux) et jouent le jeu de leurs manipulateurs. Ces mouvements sont connus, dénoncés et utilisés par la machine médiatico-politique occidentale (et ses relais dans les pays du Sud). Ces mouvements armés sont ultra minoritaires bien qu’ultra médiatisés.

 

d'autre part, la mutation d’un mouvement réformiste amorphe ne proposant aucune autre alternative et autre mode de résistance, en un mouvement piétiste petit bourgeois qui milite pour sa reconnaissance, mais reste peu sensible aux nouveaux enjeux de politiques nationales et internationales.

Leur programme politique : s'intégrer au jeu politicien et trouver des arrangements avec les pouvoirs en place (comme en Algérie, Jordanie, Égypte, Yémen, Koweït et… en France).

Leur programme économique : accepter, de manière fataliste, une mondialisation ultra-libérale dont, souvent, ils ne comprennent pas les mécanismes.

Leur programme social : se limiter aux développements d'institutions caritatives, humanitaires et éducatives privées. Ainsi sur la question palestinienne on mettra plus en avant la question humanitaire que la revendication politique beaucoup plus dérangeante.

 

… Une crise qui se prolonge dans les organisations musulmanes françaises

 

En France et dans le même ordre d’idée, l’UOIF mise sur la reconnaissance institutionnelle. Depuis pratiquement une décennie, elle en fait sa priorité absolue.

 

Aujourd’hui, on s’interroge : entre coopérations, adaptations, concessions nécessaires, compromis et compromissions, la frontière devient de moins en moins claire, de plus en plus discutable.

 

Cette nouvelle orientation des mouvements réformistes (conservatrice petit bourgeois), en France en particulier, nous font craindre le pire car ces mouvements et organisations jouent et jouissent d'un capital historique qui les légitiment auprès d'une certaine base militante musulmane même si leur programme (si programme il y a) aujourd'hui est loin d'être radical, résistant et anticolonialiste.

 

Ce serait une erreur de focaliser sur les organisations les plus médiatisées, telles que l’UOIF. Il en existe beaucoup d’autres, qui se réclament du mouvement réformiste, qu’elles soient nationales (CMF, PSM…) ou locales. Représentent-elles une véritable alternative ? Leurs oppositions à l'UOIF (sur la question du CFCM, de l’alter mondialisme ou de la loi anti-foulard) résultent-elles d’une différence de vision ? Serait-ce seulement qu’une différence de méthode ? Serait-ce un seul et même souci de reconnaissance et d’intégration : les uns axerait sa stratégie sur les institutions étatiques (à travers le CFCM) et les autres sur les structures et organisations du mouvement social ? Il est encore beaucoup trop tôt pour répondre à ces questions.

 

Si cela devait se vérifier dans un proche avenir, cela voudrait dire que le mouvement musulman réformiste (en France en particulier mais cela peut se vérifier dans le reste du monde musulman) n'a pas réussi (pour l'instant) à accoucher d'une véritable alternative face à la violence de l'ordre ultra-libéral (avec ses conséquences politiques, socio-économiques, culturelles, militaires et sécuritaires).

 

Trouver une alternative

 

Le mouvement réformiste musulman dans le monde en général et en France en particulier vit une crise qui pose cette question cruciale : Y a-t-il une troisième voie entre une voie violente et nihiliste et une voie conservatrice piétiste et petit bourgeois ?

 

L’instauration d’une autre voie serait possible, mais trois préalables seraient nécessaires :

 

1/ Œuvrer à une prise de conscience, des militants en particulier, de l’ampleur de la crise actuelle et de nos limites. Cela nécessite l’aménagement de véritables espaces de débats parmi les militants musulmans avec une Parole qui soit à la fois franche, sans concession mais respectueuse et sereine.

 

2/ Établir des fronts de Résistances communs à l’ordre libéral-sécuritaire avec ceux (musulmans ou non) qui prônent un monde plus juste. Avec nos partenaires, c’est d’abord la valeur de Justice qui nous rassemble au-delà de toutes les autres. Établir des fronts de résistance, c’est aussi accepter de défendre des causes qui ne sont peut-être pas les mieux comprises de l’opinion publique aujourd’hui, et accepter de se trouver parfois à la marge.

 

3/ Mettre en place et expérimenter d'autres modes de résistances non-violents. La Résistance est possible si l’on refuse les discours fatalistes devant des enjeux qui semblent nous dépasser. Les luttes du mouvement social paysan (les mouvements de désobéissances civiles contre l'utilisation des OGM en particulier) et des mouvements issus de l'immigration (les mouvements de dénonciation et de résistances du MIB ou de DiverCités) contre la double peine, en particulier) sont des exemples sur lesquels nous devons réfléchir.

 

Proposer une véritable alternative globale (politique, sociale et économique) est une œuvre de longue haleine qui nous concerne et qui nous dépasse à la fois. Nous devons modestement y participer.

 

Établir, par contre, des nouveaux modes de résistance alternatifs et originaux, cela nous concerne directement et devient une urgence première. Ceci nous permettrait d'échapper aux deux voies vers lesquelles l'ordre ultra-libéral voudrait nous réduire :

 

1/ La voie du désespoir : à travers des actions et réactions violentes jusqu’au-boutistes et revanchardes.

 

2/ La voie de l'individualisme et de l'égoïsme : à travers un conformisme social et politique et la soumission à l'ordre injuste. Cela se traduirait, de façon individuelle et communautaire, par une défense sélective de nos intérêts petit-bourgeois et communautaristes.

 

Deux voies qui ne sont que deux manières, conscientes ou non, de trahir.

 

Yamin Makri

Commentaires

Quelle est cette manière de publier un article qui a déjà été publié il y a au moins quatre ans? Je ne sais pas si c'est une erreur ou simplement quelque chose qui m'échappe. Car je connais cet article et je suis très surpris de le voir daté du 29 août 2009. Ca me choque car c'est simplement pas vrai. courage pour votre travail. Mais attention à ne pas participer à la confusion sur le fait musulman en France !! Fraternellement... Assalam

Écrit par : amara | dimanche, 30 août 2009

salams
le sujet reste toujours d'actualité : la notabilisation des dirigeants associatifs, le rapport de plus en plus ambigüe avec les services de l'Etat et avec les officines de renseignements, l'embourgeoisement des musulmans, la quête du pouvoir et surtout la crise du mouvement réformiste

je ne vois pas où est le problème

et puis, quand tu dis qu'il y a confusion avec les réalités des musulmans à la Réunion, cela semble arranger certains qu'il n'y ait ni liens, ni rapprochement et surtout ni coopération
les musulmans de la Réunion décideront...
salams

Écrit par : muslim69 | dimanche, 30 août 2009

salams
ce qui est intérréssant dans cet article, c'est plutôt la seconde partie. Celle qui propose des alternatives et des pistes de travail en direction des associations. Quand tout le monde dort, on évoque la nécéssité d'une prise de conscience
Quand c'est le tout communautaire, on propose l'ouverture d'une dynamique interassociative
On s'était tellement habitués à suivre comme des moutons et à s'adapter, dans ce texte, c'est un Islam de transformation et non pas d'adaptation
(Je parle d'un islam qui change la société, et non de transformer l'Islam)
Transformer la société, c'est "Proposer le bien et interdire le blâmableé
Des molwis qui enseignent c'est bien, mais des molwis qui proposent un vrai projet éducatif en des cycles différents en fonction des âges et des sexes, c'est mieux
et quand dans ce projet, on pourrait évoquer le partenariat interassociatif et des débats sur des sujets de société, c'est répondre à l'attente de beaucoup

la suite au prochain commentaire

salams

ps: mi lé un z'arabe la Réunion, c'est comme çà qui faut comprendre a moin

Écrit par : muslim69 | lundi, 31 août 2009

amara si tu avais bien lu le titre au debut t'aurait vu juste en dessous ecrit ceci:

NDLR : Article publié pour la première fois en 2005.


salam

Écrit par : pelo | lundi, 31 août 2009

Ôté pelo, le NDLR y vient d'être rajouté alors ferme un peu ;)

Écrit par : A pelo | mardi, 01 septembre 2009

nb : mohamed iqbal a vécu en inde me semble t il pas au pakistan...l'inde a bizarement aucune reconnaissance dans le monde islamique, beaucoup ignore que l'inde n'est pas le pakistan, que le pakistan et le bangladesh étaient intégré à l'empire des indes moghol musulmanes...
fondamentalement ce sont des peuples "frères" (l'inde est le 3e pays musulmans en terme de population) qui différent par leur rapport à l'islam sociétale (au pakistan c'est la religion dominante et en inde c'est une religion minoritaire)
je tenais à faire cette remarque, car bcp nous classe comme d'origine "hindou" ou "pakistanais" oubliant l'inde multiethnique, multiculturelle et multireligieuse...

Écrit par : tamerlan | dimanche, 27 septembre 2009

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