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lundi, 18 août 2008

Quelle éducation spirituelle ?

Ci-dessous un texte de Tariq Ramadan de 2004, à lire (ou relire) à la veille d'accueillir le mois de ramadan. Au delà de la seule norme, ce texte nous invite à emprunter une voie : celle de la compréhension du sens.


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On entend beaucoup parler aujourd'hui de spiritualité, de ses diverses définitions comme de ses multiples dimensions. Alors que l'on a longtemps compris le terme comme l'expression d'une dimension religieuse de la vie, le rapport avec Dieu, ou comme la voix requise par les spiritualités de l'Extrême-Orient (au premier rang desquels on trouve le bouddhisme), on entend aujourd'hui des voix appelant à une spiritualité laïque ou rationaliste. Les définitions se multiplient, se nuancent et insensiblement, modifient l'acception première du terme.


A plus forte raison, pour les musulmans, le propos devient confus. On répète l'importance de l'éducation spirituelle pour une musulmane et un musulman mais on ne sait pas toujours de quoi il retourne : qu'est-ce que la spiritualité musulmane, comment se former, dans quel but ? Dans un univers où les repères et les définitions changent, il faut revenir à des éléments de base pour mieux comprendre, ils permettent ensuite que chacun prenne sa responsabilité première et incontournable : chercher sa voie.


Pour « être »

la tradition musulmane nous apprend que chacun de nous naît avec un souffle, une aspiration, un besoin : notre cœur pousse notre intelligence à chercher le sens des choses au-delà du domaine de la perception et des éléments visibles. La conception islamique de l'homme nous dit que Dieu a mis en nous « le besoin de Lui ». Comme le corps n'est jamais en paix quand ses besoins ne sont pas rassasiés, notre être ne le sera jamais si nous ne négligeons ce besoin de l'Etre en notre être. Le souffle, la spiritualité musulmane dans notre vie quotidienne, est de trouver la voie qui permet de répondre à ce besoin. En soi, donc, l'éducation spirituelle est ce chemin du retour à la source de cette aspiration, au plus profond de notre cœur, pour aller à la rencontre du Très Rapproché. Revenir à soi c'est, sur la voie, faire face à la somme importante de nos illusions, à notre orgueil, à nos égoïsmes, à nos mensonges, à nos hypocrisies, à nos contradictions et à nos fuites. C'est également avoir l'intuition de notre intense amour de la paix et de la transparence, de notre joie du don et du service, de notre besoin de cohérence et d'honnêteté. Accéder à la paix de l'être, c'est accepter de traverser son être avec son lot d'intimes conflits et d'intenses tensions avec la conscience qu'est et sera, comme le rappelle le Coran, « Heureux celle ou celui qui le purifie, et malheureux celle ou celui qui le corrompt. » Coran 91/10. Purifier, au sens spirituel, c'est l'expression de cet effort, de ce djihâd, par lequel l'individu reconnaît et maîtrise son orgueil, ses hypocrisies et ses contradictions, dans l'espoir d'accéder à un état d'équilibre, d'harmonie et de cohérence où le sentiment même de sa fragilité lui permet de goûter à une paix qu'il doit avoir l'humilité de recevoir comme un cadeau, jamais comme une possession définitivement acquise. Apprendre à être, c'est apprendre que l'on n'a jamais fini ni atteint l'apprentissage à être : la recherche même impose l'humilité et cette humilité est la vraie valeur de la recherche.


Le sens et les outils

Souvent une sœur ou un frère au cœur troublé ou défait demande : « que faire ? ». Les réponses, le plus souvent rapides et techniques, se rapportent aux moyens : lire le Coran, prier, jeûner, etc.. La question portait, derrière la recherche d'une solution, sur le sens a retrouver ... La réponse s'est concentrée sur les outils à utiliser. Peut-être est-ce la plus grande réduction de l'éducation spirituelle que cette confusion entretenue entre l'essence et les outils : on y confond une éducation profonde de l'être avec l'usage technique, et parfois « technicien » des outils ... Une voie rapide vers le formalisme qui jamais ne fait accéder à la paix mais qui, au mieux, jette un voile apparent sur les déchirements bien réels du cœur. Alors la prière devient une gestuelle et le jeûne une simple privation : la technique est là mais on sent que le souffle et le sens n'y sont plus.


Comme un cœur avec lequel on ne sentirait plus, des yeux avec lesquels on ne verrait plus ou des oreilles avec lesquels on n'entendrait plus... La révélation ne cesse pourtant de nous prévenir …

En toutes circonstances dont il faut rappeler, protéger et préserver le sens. En son cœur se mettre en route vers le Créateur, développer la conscience de Sa Présence (at-taqwâ), le sentiment de notre dépendance à Son égard (at-tawakkul), notre espoir de Lui plaire (ar-ridâ), d'agir par la lumière de Son Etre (ar-rabbâniyya), de s'efforcer de ne point oublier le sens de la mort et l'au-delà (al-âkhira). Cherchez, de toute l'énergie de son cœur, à Lui témoigner son amour et L'invoquer pour atteindre cet état de paix où Il manifeste, de par Lui, un signe de Son amour. Son agrément. Pour atteindre cette dimension, les sources islamiques nous ont enseigné qu'un certain nombre d'outils était indispensable. Ces outils ont la valeur première d'être incontournables pour la musulmane et le musulman, puis ils acquièrent la valeur ajoutée de la conscience qui les utilise et les habite. Ainsi à chacun, il est demandé de prier, cinq fois par jour, de payer la zakât, de jeûner et d'accomplir, une fois au moins dans sa vie s'il en a les moyens, le pèlerinage. Nous avons affaire ici aux piliers, aux fondements, aux bases de tout édifice spirituel en islam. Un musulman qui chercherait l'éducation de son cœur en exigeant ce qui, d'un point de vue islamique, est considéré comme la condition première de cette recherche exprimerait un espoir vide de la plus élémentaire des méthodes. Tel est la première mesure. Ce n'est point la seule : à chacun il est ensuite demandé de ne jamais confondre l'outil avec la finalité : il ne s'agit pas seulement de prier, mais réellement de bien prier avec son cœur, son intelligence, son être. Il ne s'agit pas de se priver de nourriture, de boissons ou de relation physique pour simplement sentir la privation mais bien de revenir à l'intérieur de soi pour s'approcher de Dieu et apprendre le silence de la solidarité au cœur de la misère du monde. L'outil doit rappeler le sens mais si l'outil est devenu le seul sens... C'est que le sens, le vrai a été perdu. Dangereusement.


Relation avec Dieu et aux hommes

Se rappeler du sens des piliers de l'islam est une école quotidienne. Avant chaque prière, quand on donne de son bien, quand on jeûne... Se donner les conditions objectives de ne pas négliger la finalité, de se souvenir de Dieu, d'évaluer sa foi, ses actions et ses intentions. Il faut du temps, une conscience, une exigence personnelle. Avec ces premiers outils, il en est ensuite tant d'autres : la lecture du Coran, la proximité de la vie du Prophète (saw), le rappel intime (dhikr). Chacun doit mesurer sa capacité, son temps, ses disponibilités pour utiliser ces outils en y apportant la valeur ajoutée de sa foi, la vigilance de son intention et l'intensité de sa conscience. Une page du Coran lu avec la présence du cœur et de l'intelligence vaut mieux que dix pages parcourues avec le seul souci de la quantité. La première lecture tient de l'éducation, la seconde de la technique... La première nourrit, la seconde trompe.


Dans chacune des situations de la vie, l'éducation spirituelle doit nous rappeler de ne jamais oublier de dialoguer avec l'Unique. Que ce soit par les invocations, en arabe, en français, en anglais ou dans n'importe quelle langue, il faut s'efforcer d'être en communication de cœur et d'intelligence avec « Celui qui connaît l'apparent et le caché ». Dans le silence, au cœur de son quotidien troublé, seul ou en communauté, il faut prendre le temps de Lui parler, d'écouter son cœur, de dire en silence est d'être à l'affût des signes qui croisent notre route. C'est cela au fond l'apprentissage d'al-furqân, du discernement spirituel et intellectuel. Il exige du temps, une certaine conscience et, cela, même au cœur de l'action.


L'éducation spirituelle ne s'arrête pas à cette dimension. Vivre avec Dieu, nourrir sa conscience de l'ordre des finalités, c'est donner à sa vie, à ses gestes et à ses actions une orientation, une direction. Le sens de l'indépendance spirituelle par rapport à Dieu, c'est d'accéder à l'indépendance réelle vis-à-vis des êtres humains, au moment même où l'on cherche à les servir au mieux. Le Prophète (saw) rappelait : « Le meilleur d'entre vous est celui qui est le plus utile pour les êtres humains. »


Chercher la paix en son cœur, déterminer les valeurs morales qui doivent commander à l'action et s'engager à servir par le geste solidaire et la réforme de justice les êtres humains, tous les êtres humains et non pas seulement les musulmans comme le rappelle le propos prophétique, tel est l'horizon d'une éducation spirituelle complète.


Tout alors, de l'expérience personnelle à la formation scolaire et universitaire, de la conscience individuelle à l'engagement professionnel, devient espace d'expérimentation et d'applications pour l'énergie et la conscience spirituelle qui, au nom du silence, cherche la qualité éthique afin de ne jamais s'aliéner dans le seul calcul des quantités mathématiques.


Effort de discipline

C'est de plus en plus à la mode... « Pas d'efforts ! Moins de discipline ! », comme si la liberté était synonyme de « laisser aller », de laxisme ou encore de « spontanéité sans effort ».


Or, la mode nous trompe. L'éducation spirituelle nous apprend qu'il n'y a pas de liberté sans effort, pas de libération de soi sans discipline. À l'heure où l'on revient à soi et où l'on traverse le brouillard de ses intimes contradictions, on comprend vite que l'on ne trouve la paix intérieure qu'au prix d'une recherche profonde, rigoureuse, permanente, disciplinée. Maîtriser sa violence, ses colères, se libérer de la dictature de l'ego et de l'orgueil, cheminer vers soi dans l'équilibre et la cohérence. Tout cela exige une conscience, des efforts, un mode de vie. La tradition musulmane nous l'a prescrit dès l'origine, les quatre piliers pratiques sont exigeants et nous imposent une certaine relation au temps, à notre cœur, à notre esprit, à notre corps et vis-à-vis d'autrui. C'est déjà en soi une école dont il faut tirer les enseignements pour les appliquer à notre vie en général. Contre l'air du temps, cela veut dire, quotidiennement, renouer avec des moments de prière, de silence, de lecture, de solitude, d'introspection. Cela veut dire apprendre la disponibilité pour soi, pour autrui, sa famille, les êtres humains... Cela veut dire enfin établir un programme personnel qui permette l'équilibre, la rigueur et la modération. Une spiritualité sans effort est une contradiction dans les termes ; une spiritualité sans modération étouffe ceux qui espèrent se libérer. Entre ces deux extrêmes, l'éducation du cœur et de l'intelligence invite à l'effort comme au repos, à la contemplation comme à l'action, à la rigueur comme à la douceur : elle invite à l'équilibre au cœur d'un faux paradoxe. Un cœur qui dépend de Dieu et n'est dépendant de personne, une soumission de soi (islâm) qui est liberté de l'être.


Tariq Ramadan – Septembre 2004

Commentaires

Je ne crois pas que Ramadan soit aujourd'hui en mesure de nous donner des conseils sur l'éducation spirituelle.

Ecrit par : déçu | lundi, 18 août 2008

Tariq Ramadan, je vous aime beaucoup.
Merci pour tout ce que vous nous apportez.

Ecrit par : Vive Tariq | lundi, 18 août 2008

Merci pour cet extrait ! Ou trouver sur internet d'autres écrits du savant Ramadan ?

Ecrit par : rajal | mardi, 19 août 2008

salamoileikoum oustaz tariq ramadan je vous aime beaucoup laissez moi vous dis que vous prechez bien et cela nous va droit au coeur j'aiemairai avoir votre numero de telefone car j'aiemairaicorrespondre avec vous je vous aime troooop je me nomme kouyate ali je suis de la cote d'ivoire mon numero est 00225.06.29.95.38 et mon adresse email est ali-20@live.fr

Ecrit par : kouyate ali | mercredi, 17 septembre 2008

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