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mardi, 01 mai 2007
Français, préparez-vous, le messie est de retour
Avez-vous écouté le discours de N. Sarkozy le dimanche 28 avril ? Avez-vous assisté à ce grand spectacle ? Avez-vous saisi les propos de l’orateur ?
Car moi je suis inquiète. Inquiète de ce spectacle qui s’est déroulé hier. Un spectacle où la forme tient lieu du fonds. On parle aux français de leurs souffrances, de leur identité, de leurs peurs… et on se présente comme le libérateur.
Oui, je m’interroge, car paraît-il, un grand moment se prépare : il faut tourner la page de Mai 68.
Oui, je suis d’accord avec vous, M. Sarkozy, il faut tourner la page du passé et aller de l’avant pour mieux servir le présent.
Je pense aussi qu’on a mythifié cet évènement et qu’il est temps aussi de pouvoir le critiquer.
Mais je ne comprends pas M. Sarkozy quand vous dîtes qu’il faut revenir sur Mai 68.
C’est quoi revenir sur mai 68 ?
Revenir sur la mixité des lycées ? Revenir sur la pilule contraceptive ? Ne plus critiquer la société de consommation ?
« Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de Mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait. Il n’y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal. Aucune entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid […]. Il n’y avait plus de valeurs, plus de hiérarchie. Il n’y avait plus rien. Plus rien du tout »
Vous qui vivez en France, pensez-vous vraiment qu’on ne sache plus faire la distinction entre le bien et le mal ?
La dénonciation du relativisme n’est pas nouvelle et M. Sarkozy, surnommé « Sarkozy l’américain », sait où puiser ses références. L’un des grands philosophes à dénoncer le relativisme moral est Léo Strauss, dont les disciples conseillent aujourd’hui les néo conservateurs américains. Pour en finir avec le relativisme, Léo-Strauss préconise le retour au droit naturel. Les néo conservateurs savent comment faire ce retour. Pour eux, le relativisme n’est pas acceptable, et seules des valeurs uniques et universelles pourront faire triompher le monde. Imposons ces normes et tout ira bien.
Mai 68 est à l’origine de la décadence morale.
La libération sexuelle, le féminisme, l’avortement, tout ce que la France a pu accomplir et qui était envié par les autres nations du monde est de la décadence morale… Et Simone Weil qui applaudit le discours. Les gens ont-ils si peur qu’ils renient leur propre combat, la cause qu’ils ont défendue pendant tant d’années ?
« L’héritage de mai 68 a liquidé l’école de Jules Ferry, qui était une école de l’excellence, du mérite, du respect, une école du civisme ».
Revenons à l’école de Jules Ferry, bel idéal républicain de l’école publique pour tous, gratuite, laïque et obligatoire.
Mais personne ne conteste cet idéal républicain. Mais M. Sarkozy, Jules Ferry répondait à un problème qui lui était contemporain. A nous de répondre à des problèmes qui sont spécifiques à notre société actuelle : les banlieues, la reproduction sociale, le manque d’effectifs dans l’éducation nationale…
Evoquer le passé suffit-il pour résoudre les problèmes d’aujourd’hui ? La nostalgie du passé n’est-il pas un thème cher aux mouvances extrêmes, plus enclines à émouvoir par la gloire du passé qu’à proposer des solutions efficaces ?
« Les héritiers de mai 68 ont favorisé la montée de l’individualisme ».
Ainsi la remise en cause de l’armée, de la frappe nucléaire, la naissance des mouvements écologiques, la création d’ONG, comme « Médecins sans Frontières », tout cela c’est de l’individualisme pour M. Sarkozy.
« Mai 68 a préparé le terrain au capitalisme sans scrupules et sans éthique […] le culte de l’argent roi, du profit à court terme, de le spéculation, les dérives du capitalisme financier ont été portés par les valeurs de mai 68 ».
Comment y croire ? Les accords de grenelle sont-il des prémisses du capitalisme ? L’augmentation du SMIC, la réduction du temps de travail à 40h, la critique vive de la société de consommation, tout cela du capitalisme ?
Vous ne pouvez pas croire à ce que vous dîtes, M. Sarkozy. Que signifie donc revenir sur Mai 68 ?
Cela à vrai dire ne signifie rien du tout, ou plutôt cela signifie tout, toute la stratégie de M. Sarkozy, toute sa force, tout son succès.
On assiste aujourd’hui à une réaction généralisée face à la mondialisation, la libération des mœurs et le contact avec l’autre, cet autre qui est différent de nous et qui nous fait peur. Tout cela nous fait perdre nos repères. Nos valeurs s’affaiblissent et on ne sait plus où les trouver. Auparavant, la religion, l’autorité et les lois morales de la société nous donnaient sans trop les questionner les repères dont nous avions besoin. Mais aujourd’hui, face à l’affaiblissement des valeurs on se sent petit, on se sent fragile. Alors au lieu de trouver ces repères en nous-mêmes, on effectue un retour au religieux, au moral, à l’autoritaire. Pour ne pas se perdre, pour redevenir fort, on revient à tout ce qui pourrait nous donner des raisons d’y croire encore.
L’intégrisme n’est pas que musulman. Le rejet de l’autre, la montée des extrêmes-droite partout dans le monde, témoignent de cette quête de sens. L’exemple le plus proche de nous c’est l’europe. L’intégration européenne a favorisé la naissance d’un véritable national-populisme (1) qui véhicule une conception fermée de l’identité nationale (ça me rappelle quelque chose…). En France le Front National, en Autriche le FPO de Jorg Haider, au Danemark, le parti populaire, autant de partis qu’on croyait voués à la disparition mais qui renaissent de plus belle. Des partis qui par leur conception de la nation, forte voire exclusive, révèlent une crise majeure de l’identité à travers le monde.
M. Sarkozy, n’est pas dupe et reprend à son profit ce malaise social. Donc peu importe le sens de son discours à partir du moment où on y entend les mots que l’on attend : « Je propose aux français de renouer avec la morale, avec l’autorité, avec le travail, avec la nation ». C’est le programme de M. Sarkozy.
Ne pas voter S. Royal parce que l’on est traditionnellement de droite est un choix qui se justifie, mais le vote blanc, reste une solution pour ceux qui doutent encore et qui ne veulent pas trahir leur conscience.
Et pour conclure, réfléchissons à ces propos qui n’ont de sens que la propagande et qui annoncent le retour du Messie Sarkozy :
« Il reste,
8 jours pour construire le pays le plus prospère au monde
8 jours pour le plein emploi
8 jours pour le rétablissement de l’autorité
8 jours pour faire de nos rêves une réalité »
Et les applaudissements retentissent. Dénoncer l’irréalité des propos, ou l’irréalité de l’audience ?
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(1) Guy Hermet, Les populismes dans le monde. Une histoire sociologique, XIXé-XXé siècle, Paris, Fayard, 2001.
11:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, mai 68, présidentielles




























Commentaires
Sarkozy ne parle que travail, travail, travail. Il ne se repose jamais ? Travailler plus pour gagner plus, dit-il. Si de prime abord, ça paraît logique, quand on y réfléchit un peu, on se dit que Mr Forgeard d'EADS et tous ces "grands" patrons ont dû travailler comme des malades pour percevoir de tels parachutes dorés. Dans le même temps, les ouvriers qui se tuent à la tâche et sont licienciés sans indemnités n'ont, eux, plus qu'à jouer au loto en espérant le gros lot, sans doute... On mettra "ça", cette différence de traitement, sur le compte des compétences propres aux uns et aux autres... Autre façon de dire que l'ouvrier se fera toujours couillonner par le patronat : la reproduction sociale est à l'oeuvre et ne semble pas partie pour s'arrêter.
Dommage que Mme Laguiller n'ait pas été élue, on aurait peut-être eu un - vrai - changement, qui sait ?
Ecrit par : Nazir | mardi, 01 mai 2007
Dimanche je vote Sarkozy. Le débat contre Royal m'a convaincu.
Ecrit par : rol | jeudi, 03 mai 2007
Je pense que Segolène était légèrement meilleure mais je voterai Sarkozy car c'est lui le meilleur et je l'aime
Ecrit par : laetitia | jeudi, 03 mai 2007
Salam,
voilà donc à quoi se réduisent les motivations des électeurs désormais : sur des impressions. Le programme importe donc si peu ?
>Rol : qu'est-ce qui, dans le débat d'hier soir, t'a convaincu de voter pour Sarkozy ?
>Laetitia : moi aussi j'aime mes parents, mais ce n'est pas pour cette raison que je voterais pour eux s'ils venaient à être candidats. Tu me diras : ce serait étonnant que les enfants de Mme Royal ne votent pas pour leur mère... mais il n'empêche que ce n'est pas une raison suffisante.
Salam
Ecrit par : Nazir | jeudi, 03 mai 2007
L'heure du choix chez Max
http://maxb.blogs.com/max_belvise/2007/05/lheure_du_choix.html
L'heure du choix approche, et je vous invite à lire l'article "Présidentielle : le dessous des cartes" d'Emmanuel Todd (historien et anthropologue) dans le dernier Nouvel Observateur (n° 2217).
Je vous en copie un extrait ci-dessous :
Stratégie de provocation
J'entends les gens se féliciter de ce qu'une fraction de l'électorat d'extrême droite soit revenue dans la droite républicaine. En tant qu'historien, ce n'est pas du tout ce que je vois. Le Pen s'est toujours agité dans le domaine du verbe. C'est un rigolo dans son genre, qui n'a jamais eu l'intention d'exercer le pouvoir. Par sa violence verbale, il a servi d'exutoire. Avec Sarkozy, c'est une tout autre histoire. On a affaire avec lui à une droite de gouvernement qui n'hésite pas à adopter une stratégie de la violence raisonnée avec le concours de l'appareil d'Etat. On est donc confronté à quelque chose de très grave. En ces temps de tensions sociales et économiques, il y a le risque que s'installe au pouvoir une droite radicalisée qui saitque la stratégie de provocation peut être une technique efficace de gouvernement.
Ecrit par : CSX | samedi, 05 mai 2007
Salam,
très bonne analyse. Effectivement, Sarkozy "parle vrai" (sur les musulmans, la Turquie, le travail) et séduit par là-même les électeurs peu soucieux finalement des idées sous-jacentes. Après le débat de jeudi soir, c'est tout ce que les gens ont retenu : il a "dominé le débat", il a "gardé son calme" ( et s'il l'avait perdu ?), il maîtrise mieux ses sujets que Ségolène ( après 5 ans au gouvernement, on espère bien !). Le discours plaît, et ça suffit. Peu importe le fond, finalement. Et les formules assassines ( sur les musulmans, la racaille, l'arrogance de la France à propos de l'Iraq, j'en passe et des moins bonnes) sont vite oubliées. Les électeurs auraient-ils donc la mémoire si courte ?
Salam
Ecrit par : Nazir | samedi, 05 mai 2007
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