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jeudi, 15 décembre 2005

Cette nuit la liberté

14 Août 1947 : L'Inde est libre et le "pays des purs" commence son existence. Comment l'empire britannique a du accepter de perdre son joyaux ? Comment Gandhi a t-il mobilisé son peuple par un simple mouvement de désobéissance civile ? Pourquoi l'unité de l'Inde n'a pu être préservé ? ...
Ce sont autant de sujets  que Larry Collins et Dominique Lapierre nous dévoilent à travers ce formidable récit historique. 
 
Ce livre vendu à 35 millions d'exemplaires reste toujours d'actualité à double titre.
A l'heure ou la droite française s'embourbe dans une explication coloniale qui révèle un inconscient ambigu, ce livre devrait toujours rappeler le prix payé par les colonisés pour conquérir leur liberté.
Mais pour les zarabes c'est aussi une manière de recréer une proximité avec le pays de nos ancêtres ; lien qui a tendance à se dissoudre chaque jour un peu plus
 
Livre irremplaçable par l'éclairage qu'il nous apporte sur :
 
- La mission délicate de Mountbatten dont la difficile tâche est de faire sortir l'Angleterre de ce pays après 200 ans de colonisation
- La vie de Gandhi : l'homme de foi autant que le génial mobilisateur populaire (La marche du sel, la campagne "Quit India", les grèves de la faim,...) 
Les ouvrages qui l'ont influencé en plus de la Baghavad Gita : Ruskin (Unto this last) Thoreau (Le devoir de la désobéissance civile) Tolstoï (Le royaume de dieu est en vous)
Son refus dogmatique de la technologie 
 - Les protagonistes indiens (Gandhi, Nehru, Jinnah) qui étaient tous des purs produits de l'éducation anglaise mais qui avaient chacun sa propre vision pour leur futur pays 
 - les conséquences dramatiques de  la partition "chirurgicale" de l'Inde (10 millions de réfugiés et 300 000 mort au Penjab) voulut par un Jinnah mourant  
- L'exploit de Gandhi de maintenir la sécurité entre hindous et musulmans à Calcutta au moment même ou des émeutes faisaient rages à l'Ouest
- Le refus des premiers dirigeants de l'Inde d'accorder au Pakistan les ressources qui lui étaient dues
- La volonté d'indépendance du maharadja du Cachemire a l'origine du principal conflit entre le Pakistan et l'Inde qui dure depuis un demi siècle
- L'assassinat de Gandhi par un extrémiste du RSS

07:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Inde, Gandhi

Commentaires

Ouvrage remarquable en effet. L'Inde y est présente à travers le double regard de l'étranger et de l'indigène. Ce livre, s'il présente un interêt historique indéniable nous éclaire également sur la situation présente marquée par le conflit entre l'Inde et le Pakistan. Mais selon moi, cet ouvrage appelle aussi à une reflexion plus large: celle de la définition de l'Etat-Nation. Dans quelle mesure peut-on reconnaitre la légitimite d'une revendication indépendantiste se fondant sur la race ou la religion? Le concept de l'Etat-Nation a bien heureusement évolué même s'il demeure très controversé. Le Pakistan devait être un Etat pour les musulmans. Cette nouvelle donne devait mettre fin aux conflits opposant musulmans et hindous. Le Pakistan a été crée, ou plutôt les deux Pakistan, ce qui fragilisa dès lors la crédibilité du nouvel Etat. Ainsi, après l'identité indienne, va se créer l'identité pakistanaise, puis l'identité bangladeshie. Jusqu'où peut-on ainsi créer des sous-identités? Le conflit entre hindous et musulmans est-il pour autant réglé? L'indépendance de l'Inde s'est faite dans un bain de sang et le Gujarat témoigne encore du conflit entre les deux religions. Faut-il pour autant déplacer les Gujaratis au Pakistan? Les Gujaratis se sentent-il plus indiens ou plus musulmans? Pourquoi ne peut-on pas être autant indien que musulman? Ce livre dénonce par conséquent l'instrumentalisation politique de l'identité. Et on peut créer des identités à l'infini. Qu'avait Jinah de musulman? Son costard toujours parfait ou sa coupe de vin indispensable ou encore son ourdou balbutiant? Ce qu'il avait de "musulman" c'était avant tout son projet de création d'un Etat pour les musulmans. Ce qu'il avait de "musulman" c'était l'instrumentalisation de l'identité musulmane afin de servir une ambition politique. Le Pakistan n'est qu'un exemple. Les tutsis se sentaient-ils tustsis avant qu'un certain colonisateur leur dise qu'ils étaient tutsis et les autres hutus? Une nouvelle identité pour un autre dessein politique, et tout le monde connait la fin de l'histoire (qui est loin d'ailleurs d'être finie)...

Ecrit par : Sarah F. | samedi, 17 décembre 2005

Pourquoi une revendication indépendantiste serait elle moins légitime si elle se base sur l'ethnie ou la religion ?
Faut il revenir à la Yougoslavie ?
La nation c'est avant tout un vouloir vivre ensemble qui va de paire avec un droit d'autodétermination.

Qd au résultat, je suis d'accord que sur le plan politique le Pakistan n'est surement pas le meilleur exemple de réussite et de stabilité.

Jinnah n'était pas représentatif des musulmans mais dire qu'il a agit par seule ambition est exagéré. Comme la ligue musulmane, il était d'abord pour un seul état indépendant. Et c'est suite à un clash avec le parti du congrès qu'il adopte sincèrement la position binationale. Mais c'est sur qu'avant de mourir il a tout fait pour voir ce projet se réaliser.

Que des communautés différentes puissent vivre ensemble est avant tout un pb de justice. Ce qui n'avait pas l'air d'être toujours le cas au Gujarat en 2002...
http://zarabes.blogspirit.com/archive/2005/04/21/massacres_dans_le_gujarat_en_2002.html

Evoquer les exces du nationalisme en comparant Rwanda et Pakistan est assez douteux. Mohammad Iqbal, par ex, était favorable à un état pour les musulmans sans qu'on puisse le taxer d'idéologue dangereux.

Ecrit par : CyouX | dimanche, 18 décembre 2005

Je pense vraiment que Jinah a agi par seule ambition. Il a tout fait pour que son projet aboutisse refusant de nombreuses fois de négotier. Il faut aussi se rappeler que la volonté de créer un Etat pour les muslmans n'émanait pas de Jinah mais d'un étudiant ami de Jinah. Et quand la question a été soulevée pour la première fois Jinah la considéra comme une pure folie. L'idée a tout doucement muri dans sa tête. C'est vrai que la justice est l'élément fondamental. Il faut traiter tout le monde de la même facon et c'est à ça que doivent aspirer les peuples non à l'indépendance illico facto.
Se demander en quoi une indépendance fondée sur la race ou la religion serait illégitime me parait assez choquante. Je pense que l'histoire abonde d'exemples malheureux fondés sur l'ethnicité. C'est la justice qu'il faut rechercher. Je pense qu'on devrait réfléchir à un rassemblement non à une séparation. Si vous êtes musulman vous devriez penser en terme de globalitè non en terme de séparation. Il faut respecter la différence dans un ensemble et non la différence dans la division. Vous trouvez légitime de fonder un Etat sur la race. Dans ce cas on divise les musulmans. Si on dit que les marocains sont de race berbère et les saoudiens de race arabe on acceptera jamais l'idée de Umma. N'est-il pas en notre devoir de rappeler la fraternité entre tous?
Je n'ai pas comparé comme vous semblez le dire le Pakistan au Rwanda. Ce que j'ai comparé par contre c'est la manipulation identitaire dans les deux cas. Beaucoup de personnages dans l'ouvrage cité évoquent le fait qu'ils se sont toujours sentis indiens mais qu'ils ont été amenés petit à petit à se sentir plus musulmans qu'indiens pour finalement ne se sentir que musulmans. Par la comparaison de ces deux pays j'ai juste voulu dire qu'on pouvait creer des identités à l'infini chacune pouvant justifier une cause différente. J'espère qu'au lieu de défendre un Etat fondé sur la race (et là vous légitimez bien des crimes) vous utiliserez votre bon sens et vos discours à appeler vers la fraternité au-delà et avec les différences.

Ecrit par : Sarah F. | dimanche, 18 décembre 2005

Je pense que l'incompréhension tourne autour de la différence entre ce qui est juste et ce qui est bien.

Vous n'avez pas répondu sur la Serbie, Bosnie et Croatie.
Est ce qu'il fallait interdire la création de ces états en raison de séparations qui ont une forte connotation ethnique et religieuse ? Est ce aussi légitimer des futurs génocides ?
Faut il les forcer à vivre ensemble au souvenir de Tito ?

Qu'on soit clair je pense aussi que l'idéal aurait été un seul état. Le nationalisme a produit des catastrophes ; mais ce n'est pas pour cela qu'on aurait du interdire à Jinnah de fonder le Pakistan. Je trouve que le livre parle de cette idée nationaliste de manière partielle (l'étudiant, et Jinnah) Or cette idée a aussi été soutenue par des intelectuels et des religieux qui n'avait rien de personnel à gagner.

D'autre part ce n'est parce que Jinnah s'est rallié tardivement à l'idée du Pakistan comme la ligue musulmane que ça ne pouvait être sincère.
Mais ça aurait été peut être mieux qu'il se battent au sein du gouvernement indien pour que les musulmans soient traités justement. Certes...

Vous parlez de nation qui s'oppose à la oumma au sens politique (il s'agit plutôt du califat ou du sultanat ).
Je pense que la oumma peut très bien se matérialiser au dessus des nations . On peut être des nations différentes et entrenir des relations non violentes voire de coopération. Le projet europén essaie de le démontrer

Le nationalisme ne codamne pas la nation comme l'islamisme ne codamne pas l'islam

A mon sens la globalité ne signifie pas le fait de gommer les particularismes, cultures, ethnies, langues, ... mais d'abord ne pas les nier pour ensuite les dépasser. Vouloir effacer les particularités est aussi un idéal très républicain qui mérite un vrai débat.

Ecrit par : CyouX | mardi, 20 décembre 2005

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